La libre littérature française des Amériques

1 - Dieu ! Quelle est ta capacité de tolérance ?
2 - Un oiseau venu d'au-delà des océans
3 - Mon âme blessée, refoule une colère au-delà des mots
4 - Ce jour
5 - Là-bas, à la limite du mirage
6 - Tes lèvres fardées broient la haine
7 - Encore un jour
8 - Il y eu ce jour
9 - Pourtant ces corps sont libres
10 - Ceux
11 - Elle vomit ses injures
12 - Le monde se demande
13 - Mère des nations
14 - Mots sur des morts !
15 - Deus meus, clamabo per Diem
16 - L'Absent
17 - Une chanson au vent
18 - Ami...
19 - La chanson devient grinçante sous l'archet
20 - Suite pour une pavane nocturne
21 - La peur telle une louve s'insinue dans ce fatras
22 - Pourquoi ?
23 - La mort repart docilement seule
24 - En cet automne avancé
25 - L'adolescent tué au soleil
26 - Songe tel l'enfant
27 - L'adolescente violée
28 - Le soleil ceint ses reins
29 - L'enfant de Srebrenica
30 - Aujourd'hui il tente de se raccorder
31 - Le cimetière
32 - Hier
33 - Védran Slamovic
34 - L'archange de nuit


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ARABESQUES
POUR
DES CENDRES

Une histoire de bruits et de fureur,
de peuples qui se déchirent,
avec quand même une oasis de paix,
portée par la voix pathétique d'un violon qui joue au milieu des ruines.









































































1 - Dieu ! Quelle est ta capacité de tolérance ?


Dieu ! Quelle est ta capacité de tolérance ?
Faut-il pour s'élever tuer en ton Nom
Ou celui de ta contrefaçon ?
Le diable semble bien léger auprès de Toi.
Toi qui disposes de la Vérité - ta Vérité -
Sauf que lui ne tue pas par "indifférence".

Alors Seigneur, je ne peux prier,
J'écarte de moi Ton image.
Mon cœur vide ne désire que le désert.
Laisse-moi avec mes nuits de la foi
Tyrannisée, fondue au soleil.


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2 - Un oiseau venu


Un oiseau venu d'au-delà des océans, m'apporte une
lettre où il est question d'un pays s'embrasant par le
feu et l'épée et de tant et tant d'autres choses malsaines
qui au ciel bleu de mon Île font injures.

La lettre m'apprend...

Là-bas, la grande houle de guerre déchire le tissu d'une
unité.
Là-bas, les vents en grand désordre affolent les corps
comme les âmes.
Là-bas, l'alouette hier haute perchée au ciel bleu de
l'aurore ne grisolle plus. Son chant est dominé par celui
"ferraillé" des armes.
Là-bas, des hommes, des femmes, des enfants, sont
séparés, selon qu'ils sont du signe de la croix ou du
croissant. Leurs yeux vides implorent le ciel dans le
trouble d'une prière.
Là-bas, un pays se gangrène au gré de la houle de
guerre, s'enfonce dans la boue, ne laisse pour garde
que ruines dans l'immensité d'un abandon, et les
vivants de ce monde oublié se meurent en silence.
Là-bas, la houle de guerre cache en son sein sec, le
prélude à une mentalité primitive lié à un atavisme des
hommes qui appliquent la loi du retour.

Là-bas, le bleu de mon ciel est-il le même ?


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3 - Mon âme blessée


Mon âme blessée, refoule une colère au-delà des mots
et je ne peux boire l'eau de la révolte à sa source.

J'ai pour mémoire un pays
Que je ne connais pas,
Où je n'irais peut-être jamais.
Les racines profondes de moi-même
Tissent une toile afin de mieux les rappeler.

Pays de fleuves tranquilles,
De vallées secrètes aux montagnes sombres,
D'hivers rudes, d'étés torrides,
De printemps enchanteurs
Et d'automnes languissants,
Où l'imaginaire se fond.
Pays d'hommes rudes par le sang versé,
Ont tracés son histoire.
Mais les poètes y sont rois.

J'ai pour mémoire un pays
Où le charme slave se mêle
A l'odeur d'une terre
Où le corps après sa longue errance,
La paix retrouvée, aspire au repos.
Et l'âme se confondre en toute quiétude
Au sein de cette terre en apanage,
Renfermant des trésors perdus .

Janvier 1992


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4 - Ce jour


Ce jour,
le grand Pan met le feu à ce pays.
Sous le tonnerre métallique son âme s'effrite.
Présage d'océan de ruines.
Silence d'ici, silence d'ailleurs ....
Silence sur les décombres fumants,
ondule sous la lune filante, inscrite en des circonvolutions
arabesques des écritures d'un temps en éboulis,
comme feuilles jaunies d'automne.
L'arabesque s'étire, se love sur la musique
du vent, entraîne une sarabande désordonnée
ce monde brûlé d'enfer.

Sur ciel chargé d'orage,
file la lune.
La sirène que le vent fêle donne une voix
à ces ruines de langues déliées de deuil,
se dépouille comme guenilles
au son de la tarentelle discordante.


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5 - Là-bas, à la limite du mirage


Là-bas, à la limite du mirage,
la houle de feu se prépare à charger
comme marée chiffonnée,
des hommes de guerres.
La folie fait fuir l'oubli d'une sagesse.
La colombe en rafales d'ailes,
laisse la place aux phalènes tourbillonnantes,
dans la pâle foulée des hanches insolées
aux rêves refoulés du mirage.
La méduse aux mille langues se métamorphose
en bave et phrase mielleuse.
La céruse moirée suceuse de couleur,
ne laisse à ces souvenirs aux senteurs d'amaryllis
que le suc amère d'une bile retenue.
La nuit remplie d'opales et d'ailes de fée
brûle en torchère ce pays,
ressuscite l'hydre en furie qui se rit de ces hantises.

Guerre !
Présence obsédante des nuits hémorragies
où le rêve maraude d'hallucinations de seins outragés.
Chair figée, ronge les veines dans l'enfer moiré
des fontes de mer.
Princesse !
Nourrie de belladone,
tu hurles ourlée d'ivresse.
Tu racoles,
fantôme en transe dans ta robe d'or.


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6 - Tes lèvres fardées


Tes lèvres fardées de khôl broient la haine.
Tu couches nue, sale, rêche.
Charpie au vent !
Le réveil en une étreinte défie le jour
embrevé d'images d'un soleil ivre de silence,
sillonne ce pays, las de porter la chimère.
Et au soir,
en une langue embuée d'embruns,
fustige le désir des cluses fermées des seins,
lacère ces ventres en dérivent d'illusions.

En ce soir noctule,
la phalène mène sa sarabande pour séduire
son complice l'anophèle.
Elle chante,
comme on caresse
comme on ravage.


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7 - Encore un jour


Encore un jour.
Les feux de l'été doucement s'éteignent.
Ne reste que le fantôme d'une flamme,
qui mendie au sol la puissance,
pour mieux courtiser sa fiancée l'étoile.

Encore un jour.
Gomme la nuit de l'éveil à l'amour,
où tous s'adonnent dans cet amour,
et l'amour apporte l'étendue de sa présence.
Gomme le temps,
ne reste que le velours pâli des champs,
et les arbres squelettes sans feuilles
déjà dans la flamme
des premiers feux de la désolation.

Encore un jour.
Et la campagne s'ouvre à la meute métallique.
Le chant de la pastourelle s'évanouit
dans les limbes du brouillard.
-Où es-tu Gordana, offerte à la nuit de l'amour ? -
Tout s'efface,
ne reste que la friche jaunie,
domaine du mulot.


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8 - Il y eu ce jour


Il y eu ce jour.
L'automne s'annonce beau.
L'été en quelque sorte se prolonge.
En ce dimanche doux et ensoleillé,
la brume du matin s'est dissipée.
L'après-midi promet d'être blanc,
madré de bleu d'azur, lisse comme une coulée
de verre et, sous le vent léger,
l'étendue des prés prend l'ondulation
de l'étoffe froissée.
En cette fin de saison automnale avancée,
au soleil, l'illusion du printemps s'offre.

En cette fin de saison automnale avancée,
le soleil prend sa teinte de deuil,
les arbres la forme tordue des squelettes,
figés dans l'agonie attendue
de ceux que la mort appelle,
Incrédules du moment,
fascinés du tourbillon à venir.
Le sang, les larmes forment une trame
en une auréole ternie,
dans le refus de se reconnaître.

La mort est-elle ce trésor caché
sous le voile d'une poussière de deuil ?
La vie, être rayée de l'espace ?


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9 - Pourtant ces corps sont libres


Pourtant ces corps sont libres,
mais ils vivent dans une cage,
seuls, aveugles, sourds d'eux-mêmes.
Un geste,
et la cage est éparpillée aux quatre-vents,
seuls les barreaux sont restés.
Les mains se teintent de rouges,
les yeux aveugles de ce rouge,
vaines idoles de rien.

Un accord d'allégeance a-t-il été conclu
avec des fantômes du passé ?
Ou simplement vivent-ils une harmonie
avec ceux d'ici ?
Dans les saules creux,
les maisons abandonnées,
dont le lierre partage la possession
avec les oiseaux de nuit ?

Il y eu ce jour.

Claquement sec de l'arme
chant rituel de mort.
Jeu des hommes et de la lune
corps glissants sur la boue
devant la fosse ouverte,
puis la nuit ...


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10 - Ceux


Ceux,
qui au nom de rien vont tuer,
se glissent en conspirateur dans l'ombre
de là-haut du Golgotha de blancheur des croix,
porte la mort amie.
Chaque ombre évoque "l'autre",
se donne l'illusion courageuse
de l' humiliation obsessionnelle
transfigurée dans l'acte sexuel.
Le cœur d'une rage morbide,
plie l'écharpe rougie du sang de "l'autre",
l'étoffe sur ces chairs tachées,
ne laisse que la trace de l'acier,
fragment de vie en lune froide.
De ces morts au nom de rien.

L'archange de mort triomphe,
enveloppe d'un suaire cette terre,
où le vent venu d'un temps céleste gémit.
Voix plaintive rend impuissant,
quand l'un clame Guerre !
un autre en écho Guerre !

La liberté échevelée hurle aux harpies !
Malheur !
Vos fils agonisent,
Tachés du sang de vos races !


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11 - Elle vomit ses injures


Elle vomit ses injures sur ces pères, ces fils,
devenus loups,
sur Dieu noir d'une âme occulte,
sur l'étoile de l'aurore.
Voix tourmentée d'une rage impuissante,
tourne folle en spirale fantomatique,
lacère l'étendard émasculé,
fustige cette violence nationaliste
mêlée à la gangrène ethnique.

Opposition d'un monde à un monde,
d'une Vérité à une Vérité;
Deux mondes qui ont toujours été séparés,
se jettent l'un contre l'autre.
Quand tout est dit.

Rencontre d'une masse d'hommes fous
à une masse d'hommes fous.
Pour le temps des combats,
ils se parent des couleurs du bien et du mal.
S'entretuent dans l'exaltation !
Le doute leur est interdit !
la volonté de Dieu pour la haine
leur entrouvre des paradis concurrents.

Le monde se demande,
lequel tombera mort ?


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12 - Le monde se demande


Le monde se demande,
si une Voix sortira d'un tombeau,
dansant comme feu follet,
annoncera ,
une race libérée de ses démons.

Le monde se demande,
si cette terre tâchée de sang,
maudite d'avoir engendré tant de peuples,
recouvrira d'un même linceul les corps tordus.

pour oraison : le vent de l'oubli.

Fantômes de vies oubliées
rayés de l'espace.
Seuls, les sapins, présences immuables,
témoins impuissants silencieux,
symbolisent la croix pour ces corps tordus.
La plainte du vent dans les branches,
l'agonie de ces âmes suppliciées,
enfouies là,
la boue servant de linceul.


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13 - Mère des nations


Mère des nations
Mère martyre où es-tu ?
O Mère, apanage de l'immortelle,
Élue de la volonté d'hommes,
Hier lumière de l'initiation.
O Mère, sacrifiée de ces mêmes hommes,
Couverte de la cendre du deuil.
Divisée en Toi
Divisée en travers Toi,
Où est ta Voix ?
Où sont les voix de tes fils
Qui devaient emprunter les accents de l'union ?
Où est la voix du prophète
Émule de l'Unique,
Chantre des mots ?
O Mère, ta puissance est le pur de l'âme
Au milieu des vertiges d'un monde ruiné,
Par le culte de l'absurde,
Tragédie de l'universelle barbarie.
Ton Nom est si petit sur la liste des martyrs !
O Mère, où est ton royaume sans taches
Aux couleurs vérités d'une sérénité terrienne ?
Es-tu ivre de la fausse science idolâtre,
Assoiffée de sang,
Et ton corps reste blancheur !


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14 - Mots sur des morts !


Mots sur des morts !
Et tes fils sont partis pour la mort !
Perdus au milieu de quelque chose,
Qui les tuent.
Ils sont silences.
Se forcent de mimer
Un simulacre de combat.
Sont-ils responsables des crimes
Dans l'intransigeance d'une idéologie,
Assassins virtuels qu'ils sont ?
Mots sur des Morts !
Trop faibles pour émouvoir les âmes,
Pèsent-ils sur la conscience de tes fils ?
O Mère, demande à ces mots le poids des actions
Des morts sur leurs contributions conscientes.
N'y a-t-il pas dans ce poids un fait malsain
D'une impuissance navrée,
Sur une conscience qui se refuse
D'accepter l'Autre ?
O Mère, noires sont les plaies de ton corps,
Visions moyenâgeuses des grandes endémies,
Froidement consignées sur du papier.
L'holocauste de tes fils se répercute
Sur le fil au son métallique.
Liberté ! Où est ta Force !
Justice ! Où est ton Sens !
Égalité ! Où est ta Consonance !


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15 - Deus meus, clamabo per Diem


Deus meus, clamabo per Diem
( Mon Dieu, le jour j'appelle )
p.s 21-22

Nous mourrons tous !...
La voix monocorde psalmodie ces mots :
Nous mourrons tous !
Ses deux mains durcies par tant et tant
D'amertumes, écoulent une poussière sèche,
Comme le vent.
Elle pleure,
La Mère.
Larmes dans ses yeux rougis
De tant et tant d'amertumes.
Invoque Dieu au banquet de sa douleur.
La poussière parchemine ses cheveux,
Coule entre ses doigts noueux.
C'est son chapelet.
Est-elle entendue de ce Dieu ?
De toutes les voix qui montent,
Qui crient eux aussi une injustice,
Ne sont cacophonies ennuyantes
Aux oreilles de ce Dieu !
La douleur est chose inconnue au paradis.
La Mère pleure,
Sa blessure est en elle,
Dans son corps usé
De tant et tant d'amertumes.
Elle crie,
Liturgie quotidienne de la violence:
Nous mourrons tous !


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16 - L'absent


Chaque jour
Ils posent leurs regards
Vides de vies sur le portrait
N'osent prononcer le Nom.

Ils sont silences.
Fixent l'absent
Les yeux rougis
Où perle une bulle humide.

Ils songent
A celui, à cette chambre
Silence de bruit
Tourmentés dans leurs âmes.

Ils pleurent
Sur le silence d'un rire
Impuissants de leurs forces
De n'avoir pas écarté la mort.


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Une chanson au vent


... Ami entends-tu... !
Les paroles lui reviennent...
Il chantonne les mesures
Que tant d'autres avant lui
Ont fredonnés dans l'insouciance.

... Ami entends-tu le vol noir
Des corbeaux dans la plaine...

Le chant dominé par celui du canon,
Du sifflement de la roquette,
Reste en suspend dans sa gorge,
Avant l'explosion.

Combattant tiré du néant
Inconnu hier,
Aujourd'hui lié à une pourriture,
Est-il Serbe, Croate, Bosniaque ?
Lui-même ne le sait,
Tant est mêlé son sang.

Entre ses mains une arme,
C'est son outil du moment.
Au loin... une ombre.
Tire machinalement.
L'ombre tombe.
Frère, Ami, qui sait ...


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18 - Ami


La chanson s'accroche à son pas,
Le suit au galop des combats
De cette guerre fratricide mêlée,
Par lui voulue.
Le refrain est pour lui,
L'herbe folle des prés
Où la marguerite s'amourache
Du coquelicot rouge de confusion.
La chanson l'obsède,
Lui rappelle des images oubliées,
De balades aux bras de filles
Au regard mouillé, brillant de désir.
Offrant à ses mains tremblant
Leurs seins menus aux tétons turgescents,
Et leurs lèvres où le sang palpite dans l'attente
De l'acceptation muette.
Faiblesse du corps dans l'abandon
De la feuille détachée...

Il fredonne.
Regarde défiler la campagne meurtrie.
Indifférent.
Lui, le Serbe, le Croate, le Bosniaque,
Ses pensées sont animées
Du feu par la grammaire du tir.


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19 - La chanson devient grinçante


La chanson devient grinçante sur l'archet,
Prend un son discordant,
Comme cette guerre.

Il gît parmi l'herbe en folie
Un trou, un tout petit trou au front
En forme de coquelicot.

... Ami entends-tu... !
..... Dans la plaine....


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20 - Suite pour une pavane nocturne


Le glaive à double tranchant
Imprégné du sang des holocaustes
Encore ruisselant d'avoir tranché
Reste en suspend au-dessus des têtes.
Regarde livide, oeil aveugle,
Veille à l'horreur, trouble le mirage
De ces hordes enflammées, ourlées d'orage
Comme ces sorcières sur la lande
Au moment de la lune vénéneuse.
Terre troublée de convulsions internes
Sous le poids des divisions humaines
Devient gluante, nue sur l'écume,
Exhibant la gorgone glapissante,
Gangrène fétide où s'enchevêtrent
L'huile et la bile aux senteurs de miel.
Le printemps assassiné par l'hiver,
L'été brûlé par la folie
Où la larve massant ses cancers
Dans la boue des règles ensanglantées,
Rend stérile la mamelle
Qui pend comme loque amorphe.
Le sol se mue d'une croûte sulfureuse
Qu'irrigue des ruisseaux de soufre.


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21 - La peur telle une louve


La peur telle une louve s'insinue dans ce fatras.
Où es-tu Salomé ?
Reine de la nuit, au corps de santal,
Parfumé d'amour ondulant .
Ton nom ruisselle sur le sable orange incendie.
Sur cette mer d'orage, ton ombre passe
En laisse nocturne, vertige des seins d'hermines
Ruinent des rêves en phase diurne.
De ton ventre pariétal,
Tu te penches sur les corps évaporés,
Pâle, soupirant, pâmant comme lune
Se pare de rosée, s'étale en tulle dentelé,
Belle comme soie brunie de haine rouée d'ambre
Sous la traîne frileuse des étoiles.
Tu es nue sous tes voiles de mousseline sélène,
Éphémère en chevelure hâlée, flambée d'alcool,
Fauve câlin à la poitrine d'étamine digitale
De limbe obscur aux seins rubescents.
Comète gisante, file folle avec la mort,
Entrouvre les plaies dans les cœurs
Au feu tonnerre métallique.
Hordes humaines décharnées,
Déferlent en raz-de-marée,
Misères aux abois,
Pâture obligée des loups.
Folie !
Adjuration de la Foi !
Croix ou Croissant ?

janvier-février 1991


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22 - Pourquoi ?


Zehra, la jeune femme au cabas
Ne fera plus la quête pour une poignée d'espoir,
Une aumône grosse comme le poing.
Denrée si précieuse, si faible qu'elle l'enveloppe
Dans une dignité usagée.
Son seul tort ?
De traverser la rue,
La petite Alma dans ses bras.
Une balle,
Une seule balle a suffi.
Venue d'une oasis de verdure,
Porteuse de mort sans prévenir,
Sournoisement
Se faufile dans l'avenir,
S'y engouffre comme dans un tunnel.
Peut-on entendre son rire dans l'attente ?
Elle se refuse de sourire à ses succès.
Docilement seule
Au velours aveugle des choses.
Alma la petite,
Ne comprend pourquoi,
Sa mère tombe subitement de sommeil.


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23 - La mort repart docilement


La mort repart docilement seule,
Toute seule
Au velours aveugle des choses.
Alma la petite ne peut exprimer
Une colère, cracher une insulte
Au monde des adultes.
Zehra, morte fragile
Semble tendre l'autre joue
Dans l'injure blasphématoire du sang.


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24 - L'adolescent tué au soleil


Où est le soleil
Énergie de feu
Dans ce ciel lisse
Sans nuage ?
Il appelle le soleil
Supplie.
Gémissement.
Une lumière émerge,
Pourrissante.
Rien.
Ce n'est pas lui.
Prier !
Le désire;
Voudrait.
Ne trouve rien.
Ne sait plus rien.

Il a besoin du soleil.

Chancelle une fois,
Escompte une joie malsaine
Dans la chute.
Chancelle deux fois.
Comprend !
Qu'il porte en lui
Le froid ennemi.


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25 - En cet automne avancé


En cet automne avancé
Ils dorment,
Sur la terre vêtue de son duvet,
Loin de toute agitation,
Dans la forêt de pins arolles
Et de chênes empanachés.

Où la ronce musarde
Avec l'églantier espiègle,
Rendant jaloux le bleuet
Et le coquelicot égarés
Timides de confusion.

Ils dorment main dans la main,
Sur le lit de mousse ombré
Dans le jeu de la lumière.
Aucun chant de l'alouette au matin.
Aucun chant du rossignol au soir.
Que ce vent, tout là-haut,
Effaré encore du tumulte métallique.

Ils dorment,
Unique dans l'étreinte
Au pied du chêne
A l'écorce meurtrie
Où perle
Deux larmes de sang.


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26 - Songe tel l'enfant


Songe tel l'enfant
A la puissance d'un soleil fabuleux.

Doucement,
Il rentre dans la gloire,
Tranquille.

Rayons !
Encore des rayons !
Toujours des rayons,
Lumineux, blancs.

Enfin !
Le soleil est là !

Il est libre
D'une liberté achevée,
Achetée...


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27 - L'adolescente violée


Matin de rosée,
Des fleurs de toutes les fleurs,
Au milieu de tous les oiseaux,
Dans cette forêt de pins aroles.

Au-dessus l'azur reposait.

Jour...
Odeur...
terre...

Gordana écoute
Pensée immobile,
Elle dit...
N'ose.

Ce matin de rosée
Des fleurs de toutes les fleurs,
Au milieu de l'herbe folle,
L'adolescente
Née au soleil pour le soleil
Dort dans sa honte refoulée.


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28 - Le soleil ceint ses reins


Le soleil ceint ses reins
Vernit sa poitrine
Réchauffe la blessure du cœur.
Soleil de midi
Le ciel change
Change l'amour.
Le jour, la nuit
Face à face.
Bleu nuit
Comme la mort.
Une étoile tombe,
Recommence à briller
Tombe encore.
Gordana l'adolescente
Sombre au feu de l'enfer,
S'enfuie en lune fêlée.

La tristesse cache le ciel azur,
Des fleurs de toutes les fleurs,
Au milieu de tous les oiseaux,
Dans cette forêt de pins aroles.

... Elle croise les bras sur son ventre arrondi,
Cache cette "chose",
Qui vit en elle.
Dans sa honte,
Ne s'est que dire "ça".
Gordana hier fière
Feux follets de la Saint-Jean,
De ses dix-huit ans...


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29 - L'enfant de Srebrenica


Enfant illuminé à la vie,
Implosé au jeu de la guerre
Se déflore au fardeau des adultes.

Enfant mutilé,
L'horreur étalée,
Ensanglante de sa marque sa mémoire.

Enfant aveugle,
Impuissant sous le déchaînement.

Enfant sauvé,
Image d'une haine hors de lui.

Il est jeune.
Son nom ?
Ne sait... doute...
La vie il l'aime,
Surtout dans le football,
Ce plaisir d'une rage d'exister.

Il fuit un pays devenu fou.
Échappé de quelques camps.
Vaincu dans son âme,
Dans sa chair.
Trahit, il a été
Piégé avec son consentement.


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30 - Aujourd'hui


Aujourd'hui il tente de se raccorder,
Rapièce le tissu de sa jeune vie,
Déjà usée avant d'avoir servi.

Quinze ans... vieux avant l'âge !

Se répète qu'il pardonne ... presque.
Pardonne à genoux dans la boue,
Non pas tous ces morts du hasard,
Mais se refuse au pardon de la mort "ethnique",
Ce parjure du Soi.
Lui seul ose revendiquer l'origine du Nom !
Un an, deux ans de sa vie
A partager l'oisiveté collective des camps.
Sa tête résonne encore des coups
Dans le son du tocsin.

"O maman, ton image s'incurve en moi
Et ma tête me fait moins souffrir,
Sans cette image, je n'existe".

Il faut comprendre
L'on devient fou privé de sa liberté.

Mars 1994


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31 - Le Cimetière


Le seul jardin d'ici.
Ces tombes ou ces tumulus anonymes.
Ils ont choisi ce lieu,
Pour se murmurer les mots d'amour.

Là, ils y trouvent une vie,
Si douce à la mort mêlée
Présente et lointaine à la fois.
Ils n'ont pas à craindre ces morts
Pour se murmurer les mots d'amour.

Moment de solitude sereine
Près des étoiles de la nuit.
Leurs pas les conduits vers ces points
Ombres enlacées dans l'étreinte
Pour se murmurer les mots d'amour.

Baisers sur baisers de désirs muets
Connus de leurs lèvres unies,
Aspirés par le silence du silence
Pour se murmurer les mots d'amour.
Aimer, c'est conjurer la mort de demain !


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32 - Hier


Hier,
Simple paix terrienne.
Aujourd'hui,
Ruines couleurs cendres.
Maintenant...
Des corps,
Tous ces corps
Emmêlés
Mutilés
Et ce sang.

Il y a
Le regard des survivants
Regard hébété d'une détresse insondable.

Il y a
Le regard incrédule des enfants
Bousculés trop tôt dans le monde adulte.

Il y a
Le regard éteint des combattants
Regard bovin vide de rien.


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33 - Védran Slamovic

En habit
Chaque jour seul
Au milieu des ruines
Hier école,
Non loin de l'étang figé d'étonnement.
Védran Slamovic
Fait chanter son violon,
S'acharne à conjuguer l'harmonie
Au milieu du chaos.
Son violon joue une musique espérance
Que la beauté existe,
Chante l'enfer de l'absurde.
Védran Slamovic
Écoute l'appel des voix
Venues de nulle part
Appel de vieux silences
Fatigués de héler les vivants
Désincarnés
De souvenirs non partagés
Où les corps sont tristes au soleil.


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34 - L'archange de nuit


34

L'archange de nuit
Jette une lumière d'hier
Jadis présente,
La terre joue au grand sorcier
Fait courir un arc-en-ciel
Sur les ailes de la colombe
Un soleil à son cou.

Face aux ruines
Hier école
Védran Slamovic
Force d'être debout
Regarde les "Autres",
Être Image de demain.
Entre la folie de ce temps
Et sa musique,
Le sort vainqueur de l'outrage.

Avril 1995


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