"Vlaj WLADISLAS" est né poète, comme d'autres sont nés vignerons, cuisiniers ou couturiers. La richesse de son vocabulaire ne peut appartenir qu'à un homme dont le français n'est pas la langue natale et qui a un recul suffisant, par rapport au langage, pour pouvoir jouer avec les mots sans céder aux automatismes et aux expressions toutes faites. Il réinvente ainsi une langue cosmique, dont la rugueuse harmonie vous séduira, pour peu que vous fassiez l'effort de plonger en elle et de vous laisser emporter par la vague des images.
Voilà ce qu'il déclare :
Je n'aime guère me parler, étant par nature discret.
Je réside en Guadeloupe depuis 35 années (entrecoupées d'un séjour
de 10 ans en Afrique et au Maroc.)
Mes origines sont serbo-croates par mon père, et polonaises par ma
mère, et j'ai épousé une indienne de la Guadeloupe, il y a 32 ans.
Venons-en à "Arabesque sur des cendres".
Au départ ce devait-être une suite de récits.
A force de triturer les textes, j'ai tout recomposé sous la forme poétique.
Par le réseau Internet j'ai suivi de près les événements de là-bas,
principalement grâce au courrier des Balkans.
Ces récits ont faits resurgir mes racines, que dans l'espace de
ma vie, j'ai laissées de côté.
J'ai imaginé ces événements en milieu campagnard, me disant que la
ville est trop abstraite et que le foisonnement des ethnies les rend plus
souples, mieux intégrées. Mais, qu'il suffit d'un rien pour que tout implose.
Dans un de mes écrits, je considère la société, comme une eau en surfusion : en surface
elle est limpide, claire, qu'un atome se déséquilibre et cette eau se transforme en glace.
La multisociété Yougoslave était en fait une eau en surfusion,
comme notre société actuelle l'est sans doute.
J'avoue qu'il n'est pas aisé de transcrire des événements tragiques
sobrement et sans parti pris.
Par contre Védran Slamovic, lui est bien réel. Il était, je crois,
violoncelliste à l'opéra de Sarajevo et chaque soir jouait sur
les ruines d'une bibliothèque.